Ce matériau utilisé depuis longtemps en Inde pour lutter contre la chaleur
Face à la montée des températures, la terre cuite et la boue, longtemps délaissées, s’imposent à nouveau comme solutions économiques et efficaces pour rafraîchir les habitations, loin de la climatisation énergivore.
La terre cuite et la boue : des réponses bioclimatiques aux vagues de chaleur
L’Inde a connu une année 2024 record, désignée comme la plus chaude jamais enregistrée, entraînant la mort de 700 personnes à cause des fortes températures, selon Scientific American. Au 7 août 2025, presque 76 % de la population restait exposée à un risque thermique qualifié d’« élevé, voire très élevé ».
Dans ce contexte, architectes, chercheurs et artisans se tournent vers des techniques éprouvées. La terre cuite, employée depuis plus de 3 000 ans, notamment par la civilisation harappéenne pour la conservation de l’eau, revient sur le devant de la scène. Elle est désormais utilisée dans des projets urbains à Bengaluru et dans tout le Gujarat.
De la construction de maisons en boue à la conception de carreaux perforés, en passant par l’installation de façades entièrement en terre cuite, on retrouve une diversité d'usages adaptés à l’environnement local. Cette matière, respirante et poreuse, permet d’abaisser naturellement la température intérieure grâce à un double phénomène : évaporation lente de l’eau et restitution nocturne de la fraîcheur captée dans la journée.
Réduire la dépendance à la climatisation : enjeu social et écologique
À l’heure où seuls 20 % des foyers indiens disposent d’une climatisation, des centaines de millions de personnes font face à la chaleur sans refroidissement artificiel. Adopter la terre crue ou la terre cuite transforme la donne.
Des entreprises comme MittiCool, dans le Gujarat, commercialisent par exemple des réfrigérateurs en argile, capables de garder les aliments frais plus de trois jours, sans électricité. Grâce à sa surface poreuse, l’eau s’évapore lentement, emportant la chaleur ambiante. Ce principe, expliqué par Adithya Pradyumna, chercheur à Bengaluru, s’applique aussi aux murs et parois ventilés, qui maintiennent des pièces tempérées, même au plus fort de l’été.
Selon des expériences menées dans des régions méditerranéennes arides, ce type d’architecture permettrait de réduire jusqu’à 70 % le recours à la climatisation. À Bengaluru, le projet Cool Ant d’Ant Studio, utilisant la terre cuite dans ses structures, a permis d’observer des baisses moyennes de 6 à 8 °C dans plus de trente sites en Inde.
Des bâtis plus résilients face au changement climatique
La terre crue et la boue offrent également des bénéfices environnementaux majeurs. Alors que la construction représente 40 % des émissions globales de CO₂, l’utilisation de matériaux locaux et peu transformés, comme la boue, limite les transports et l’usage du ciment ou de l’acier, très énergivores.
Rosie Paul et Sridevi Changali, architectes à Bangalore, valorisent la capacité de la boue à absorber et restituer lentement la chaleur. Ce matériau « respire », favorise la régulation de l’humidité et améliore la qualité de l’air intérieur, tout en évitant les moisissures. Les habitations construites ou rénovées dans ce matériau résistent mieux aux crues soudaines et à la chaleur intense, des phénomènes appelés à se multiplier avec le réchauffement global.
Construire avec de la terre crue, c’est également soutenir les communautés locales qui gèrent la fabrication et la transformation des briques ou composants. Ce choix favorise l’économie de proximité et encourage la transmission des savoir-faire traditionnels, tout en promouvant la formation et l’intégration des femmes dans l’architecture et sur les chantiers, secteur où elles restent minoritaires.
Solutions concrètes et impact social
Le potentiel d’innovation reste large : murs ventilés, carreaux perforés, répartition d’eau sur des parois, et développement de produits simples comme le réfrigérateur en argile. Ces avancées apportent une réponse immédiate aux familles privées de climatisation et vulnérables à la fiabilité du réseau électrique. Elles participent aussi à la sécurité alimentaire dans un contexte de canicules récurrentes.
On observe une réappropriation de techniques anciennes adaptées à l’urgence contemporaine, qui allient sobriété énergétique et adaptation sociale. De plus en plus, la question climatique conduit architectes et habitants à remettre au cœur des villes des solutions de refroidissement passif, intégrées au cadre de vie et accessibles à tous.
Source : Scientific American, Nations Unies
FAQ - Questions fréquentes
La terre cuite et la boue, longtemps délaissées, sont reconnues comme solutions économiques et efficaces face à la montée des températures. Leur usage ancestral, notamment en Inde, permet de réduire naturellement la chaleur intérieure grâce à l'évaporation lente de l'eau et la restitution nocturne de fraîcheur. Ces matériaux évitent ainsi le recours à la climatisation énergivore, tout en s'adaptant à l'environnement local.
En Inde, où seulement 20 % des foyers disposent de climatisation, la terre cuite et la boue permettent de maintenir des températures plus fraîches sans énergie artificielle. Par exemple, les réfrigérateurs en argile de MittiCool gardent les aliments frais sans électricité. Les murs ventilés en terre cuite assurent une baisse de 6 à 8 °C, pouvant réduire jusqu'à 70 % l'usage de la climatisation, ce qui représente un enjeu social et écologique majeur.
Utiliser la terre crue et la boue pour la construction diminue les émissions de CO₂ liées au béton et à l'acier, très énergivores, car ces matériaux locaux demandent peu de transformation et réduisent les transports. Ils absorbent et restituent lentement la chaleur, régulent l'humidité, améliorent la qualité de l'air et renforcent la résilience des bâtiments face aux crues et à la chaleur intense, des phénomènes aggravés par le changement climatique.
La construction en terre crue soutient les communautés locales qui fabriquent briques et composants, favorisant l'économie de proximité et la transmission des savoir-faire. Ce choix encourage aussi la formation et l’intégration des femmes dans l’architecture et les chantiers, secteurs où elles sont peu présentes, participant ainsi à une adaptation sociale positive au défi climatique.
Les solutions innovantes incluent les murs ventilés, carreaux perforés, répartition d'eau sur parois, et produits simples comme les réfrigérateurs en argile. Ces techniques ancestrales adaptées permettent un refroidissement passif accessible, assurent la sécurité alimentaire en périodes de canicule, et remettent au cœur des villes des solutions durables et sobres énergétiquement pour lutter contre les fortes chaleurs.
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