Les Indonésiens respireraient 15 grammes de plastique chaque mois, l'équivalent de trois cartes bancaires
À Jakarta, on n’a jamais autant respiré de plastique. L’équivalent de 15 grammes de microplastiques absorbés chaque mois, soit trois cartes de crédit par personne. Ce chiffre alarmant incarne un problème qui contamine l’air, l’eau, mais aussi les artères humaines, bien plus vite qu'il ne s’enfouit sous terre.
À retenir
- Jakarta absorbe l’équivalent de 15 grammes de microplastiques par personne chaque mois.
- Incendies et brûlages domestiques dispersent des particules qui multiplient par cinq la pollution au sol après la pluie.
- Microplastiques détectés dans le sang augmentent jusqu’à 4,5 fois le risque d’AVC ou d’infarctus.
Incendies et pollution : le cocktail toxique de la décharge de Jatiwaringin
En juillet 2026, un incendie massif à la décharge de Jatiwaringin, sur l’île de Java, a pulvérisé des milliers de tonnes de plastique en fumée. Cette catastrophe a plongé la zone sous un nuage de particules toxiques, provoquant des centaines de cas d’infections respiratoires aiguës dès l’extinction du feu.
Partout, on a observé les limites d’une gestion des déchets qui craque de toutes parts : collecte lacunaire hors des grandes villes, recyclage quasi inexistant, sachets en plastique omniprésents et assainissement inefficace. Ce cocktail favorise l’accumulation et l’envol de microplastiques, ces fragments de moins de 5 millimètres qui s’invitent partout.
Microplastiques : une menace détectée dans tout l’environnement urbain
La dernière étude de l’université de Cornell (2024) dresse un constat sévère : on trouve ces particules minuscules, souvent invisibles, dans 18 villes indonésiennes. À Jakarta, la concentration de microplastiques dans l’air bat tous les records nationaux.
Dès qu’il pleut, la situation s’aggrave : la quantité déposée au sol se retrouve multipliée par cinq. Là, un cercle vicieux s’installe : les déchets exposés relâchent des microplastiques qui, transportés par l’eau puis par le vent, circulent librement.
Alors que 57 % des foyers brûlent leurs ordures à domicile (une pratique interdite rappelons-le), soit presque quatre fois plus que la moyenne mondiale, une bonne partie de ces plastiques finit dans l’atmosphère sous forme de particules.
La santé sur la sellette : des risques accrus pour les Indonésiens
Une fois inhalés ou ingérés, les microplastiques ne s’arrêtent plus vraiment. On les a retrouvés tout au bout de la chaîne alimentaire, chez les poissons qui nourrissent les riverains, notamment dans les raies et vivaneaux.
Leur taille – moins de 5 millimètres pour les microplastiques, moins d’1 micromètre pour les nanoplastiques – autorise leur passage jusque dans nos tissus et notre sang. Une étude menée en 2024 sur des patients opérés des artères carotides en témoigne : la détection de microplastiques dans le sang multiplie par 4,5 le risque d’accident vasculaire cérébral ou d’infarctus.
Politiques et gestes individuels : entre urgence et scepticisme
Face à l’ampleur du phénomène, un sursaut s’impose au sommet de l’État indonésien. En juin 2026, le ministre de l’Environnement a fixé à 2027 la fin du déversement à ciel ouvert des déchets dans toutes les collectivités.
Mais sur place, bien des voix doutent de l’application concrète de la mesure. À Jakarta, la grande décharge de Bantar Gebang fait figure de baromètre national : on y a déployé des arrosages préventifs pour éviter un second embrasement, sans s’attaquer au vrai problème.
Face à la lenteur des réponses publiques, beaucoup s’organisent à leur échelle : installation de purificateurs d’air domestiques, changements de pratiques pour la lessive ou l’alimentation. Reste que sans changement systémique, ces solutions éparses peinent à endiguer le flot de plastique invisible.
Des particules omniprésentes pour des décennies
La pollution aux microplastiques s’ancre durablement dans les sols, l’atmosphère et jusque dans nos artères. À chaque averse, à chaque sac brûlé, leur présence s’intensifie : une menace diffuse, persistante, presque silencieuse, mais d’autant plus redoutable pour la santé humaine et la biodiversité locale.
Quelques chiffres clés sur la pollution aux microplastiques en Indonésie
- 15 grammes de plastiques absorbés par personne et par mois (équivalent de 3 cartes de crédit)
- 18 villes indonésiennes touchées par la pollution aux microplastiques aériens
- 57 % des ménages brûlent encore leurs déchets
- Après la pluie, la concentration de particules au sol est multipliée par 5
- Risque d’infarctus ou d’AVC jusqu’à 4,5 fois plus élevé chez les patients avec microplastiques dans le sang
- 2027 : objectif fixé pour l'interdiction totale du déversement à ciel ouvert
Source
Source : Université de Cornell, Agence nationale indonésienne pour la recherche et l’innovation
FAQ - Questions fréquentes
La pollution est préoccupante car Jakarta affiche la plus forte concentration nationale de microplastiques dans l’air, avec l’équivalent de 15 grammes absorbés par personne chaque mois. Ces particules se déposent et se redistribuent lors des pluies, multipliant par cinq la concentration au sol, et pénètrent finalement dans l’alimentation et le sang, posant un risque sanitaire majeur.
Les incendies, comme celui de juillet 2026 à Jatiwaringin, pulvérisent des milliers de tonnes de plastique en fumée et créent un nuage de particules toxiques, entraînant des infections respiratoires aiguës. Ce phénomène montre les limites d’une gestion des déchets défaillante et favorise l’envol et la dispersion des microplastiques dans l’air et l’environnement.
Les microplastiques, de moins de 5 millimètres (et nanoplastiques <1 µm), traversent les tissus et le sang; on les retrouve dans les poissons consommés localement. Une étude de 2024 indique que leur détection dans le sang multiplie par 4,5 le risque d’AVC ou d’infarctus, et des experts expriment une forte inquiétude quant à leurs effets toxologiques.
Au niveau public, le gouvernement indonésien a fixé l’interdiction des déversements à ciel ouvert pour 2027, mais des doutes subsistent sur l’application. Localement, des actions comme l’arrosage des décharges visent à prévenir les incendies. À l’échelle individuelle, certains installent des purificateurs d’air et adaptent leurs pratiques domestiques, sans toutefois résoudre le problème systémique.
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