Les forêts françaises grandissent mais absorbent moins de carbone chaque année
La forêt française chancelle : en quinze ans, sa capacité d’absorption du carbone a fondu de près de 40 %, fragilisant un pilier de la lutte contre le changement climatique. Si les incendies frappent les esprits, ce sont d’autres menaces, plus insidieuses, qui tuent nos arbres à un rythme inédit.
À retenir
- La capacité d’absorption de CO₂ des forêts françaises a chuté de 63 à 39 MtCO₂/an en quinze ans.
- La mortalité des arbres a augmenté de 7,4 à 16,7 millions m³/an, touchant 8 % des individus.
- Scolytes, champignons et hivers doux affaiblissent les arbres; la migration assistée et la diversité des essences sont testées.
Un puits de carbone en déclin : des chiffres alarmants
La France abrite 17,6 millions d’hectares de forêts, couvrant presque un tiers du territoire métropolitain et corse. Malgré cette expansion – près d’un million d’hectares supplémentaires depuis 2014 –, la santé de ces écosystèmes se détériore rapidement.
D’après l’Observatoire des forêts françaises et l’IGN, la séquestration annuelle de CO2 par les forêts du pays a chuté de 63 millions de tonnes par an entre 2005 et 2013 à seulement 39 millions de tonnes sur la période 2015-2023. En d’autres termes, la forêt française retire chaque année 24 millions de tonnes de CO2 de moins de l’atmosphère qu’il y a quinze ans.
L’effondrement du “puits de carbone” compromet directement la stratégie climatique nationale : on perd une précieuse marge pour compenser les émissions des secteurs comme le transport ou l’industrie.
Mortalité des arbres : un phénomène qui s’accélère
Le constat est sans appel : la mortalité des arbres a littéralement explosé. Sur la décennie écoulée, le volume de bois mort par an est passé de 7,4 à 16,7 millions de m³, soit une hausse de 125 %. Désormais, ce sont plus de 0,6 % du bois vivant dans les forêts françaises qui périssent chaque année, selon l’IGN.
Ce dépérissement massif touche près de 670 000 hectares – environ 5 % de la forêt – et concerne pas moins de 8 % des arbres examinés, soit 193 millions d’individus affichant des symptômes visibles d’affaiblissement.
Coléoptères, champignons, hivers doux : les ennemis invisibles de la forêt
Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les incendies ni même les tempêtes qui causent ces pertes majeures. Les principaux coupables sont biologiques et climatiques. Des coléoptères appelés scolytes profitent des hivers trop doux pour pulluler, parfois à une échelle jamais vue. Ces insectes, qui attaquent principalement l’épicéa, entraînent la mort de 2,4 millions de m³ d’arbres chaque année. Lorsqu’on additionne le champignon responsable de la chalarose sur le frêne (1,6 million de m³ annuels morts) et les maladies du châtaignier comme l’encre et le chancre (1,7 million de m³), on mesure le poids des “bioagresseurs”.
Le climat accentue tout : sécheresses à répétition, canicules, puis épisodes de fortes pluies, affaiblissent progressivement la résistance des arbres. Quand il fait trop chaud l’hiver, les cycles naturels de régulation des parasites sont bouleversés – le froid ne parvient plus à freiner leur développement.
Des régions frappées de plein fouet
Toutes les forêts françaises ne sont pas exposées de la même façon. Le Nord-Est, les Vosges, le Jura et les Ardennes subissent une mortalité et des prélèvements qui, localement, dépassent la capacité de renouvellement naturel. Dans certains massifs, on assiste temporairement à un bilan carbone négatif : la forêt relâche plus de CO2 qu’elle n’en absorbe.
D’autres facteurs aggravent ce tableau : l’expansion des populations de cervidés, comme les cerfs et les chevreuils, qui broutent ou détruisent les jeunes pousses, empêchent une régénération efficace du couvert forestier.
Des solutions émergent pour demain
Face à ce diagnostic, des initiatives voient le jour pour adapter la forêt française à l’avenir. L’Observatoire des forêts françaises, créé en juillet 2026, fédère sept partenaires nationaux pour mieux suivre la progression du dépérissement. Plusieurs expériences de “migration assistée” sont en cours : on plante dans le Nord et l’Est des essences plus méridionales, réputées plus résistantes au stress climatique.
Le réseau RENEssences teste sur 922 hectares la capacité de nouvelles espèces à s’implanter sous nos latitudes. À Guémené-Penfao (Loire-Atlantique), on expérimente, depuis 2011, la plantation de graines venues du Sud dans la forêt de Verdun pour composer la forêt de 2050.
Pour renforcer la résilience, on mise sur la diversité des essences et un suivi sanitaire renforcé. Mais la réalité impose d’accélérer la reconfiguration du modèle forestier français. Car le ralentissement du puits de carbone n’est pas simplement une statistique : il traduit une fragilité nouvelle, collective, face à la crise climatique.
Tableau : évolution de la capacité d’absorption de CO₂ des forêts françaises
| Période | Puits de carbone (MtCO₂/an) | Mortalité des arbres (millions m³/an) |
|---|---|---|
| 2005-2013 | 63 | 7,4 |
| 2015-2023 | 39 | 16,7 |
Ce que l’on peut faire à titre individuel
- Favoriser l’utilisation du bois local et certifié pour soutenir des filières éco-responsables.
- Limiter l’introduction de plantes ou bois importés qui peuvent transporter parasites ou maladies.
- Éviter le dérangement de la faune et la cueillette abusive lors de promenades en forêt.
- Participer, si possible, à des programmes locaux de plantations d’arbres.
Sources
Source : Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), Observatoire des forêts françaises.
FAQ - Questions fréquentes
La capacité d’absorption a chuté parce que la santé des forêts se détériore : la séquestration annuelle est passée de 63 MtCO₂ (2005-2013) à 39 MtCO₂ (2015-2023), soit 24 MtCO₂ de moins par an. Ce recul s’explique par une mortalité croissante des arbres liée à des bioagresseurs et au stress climatique, ce qui affaiblit le puits de carbone et compromet la stratégie climatique nationale.
Les bioagresseurs comme les scolytes, des champignons (chalarose du frêne) et des maladies du châtaignier provoquent chaque année des pertes massives de bois (2,4 ; 1,6 ; 1,7 millions de m³ respectivement). Les hivers trop doux et les épisodes de sécheresse ou de canicule affaiblissent les arbres et favorisent la prolifération de ces organismes, rompant les cycles naturels qui freinaient autrefois leur développement.
Les régions les plus impactées sont le Nord-Est, les Vosges, le Jura et les Ardennes, où la mortalité et les prélèvements peuvent dépasser la capacité de renouvellement naturel. Dans certains massifs, la situation est si critique que le bilan carbone devient temporairement négatif : la forêt émet plus de CO₂ qu’elle n’en absorbe, aggravé par la pression du pâturage des cervidés sur la régénération.
Des initiatives de « migration assistée » et des tests d’implantation d’essences méridionales visent à renforcer la résistance au stress climatique. Des projets comme RENEssences (922 ha) et des expérimentations locales (Guémené-Penfao) plantent des graines venues du Sud pour composer la forêt de 2050. L’objectif est d’accroître la diversité des essences et d’améliorer le suivi sanitaire pour renforcer la résilience.
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